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L’archéomalacologie : présentation générale
Publié le lundi 5 juin 2006, mis à jour le samedi 22 mars 2008, par Chloé Martin, Nathalie Serrand, Catherine Dupont
Les mollusques ont de tout temps été exploités par les sociétés humaines comme ressource alimentaire et comme matière première. Parmi la grande variété d’espèces (plus de 100 000) marines, fluviatiles (dulçaquicoles) et terrestres qui composent cet embranchement, celles qui possèdent un squelette externe ou interne sont susceptibles de laisser des vestiges pérennes et tangibles pour l’archéologie. C’est le cas de la plupart des gastéropodes (ex. bigorneaux), bivalves (ex. palourde), scaphopodes (ex. dentale) et polyplacophores (ex. chitons), communément appelés coquillages, mais aussi de certains céphalopodes (ex. seiche).

Les Bivalves

Comme leur nom l’indique, les bivalves se composent de deux valves à l’intérieur desquelles se trouve le corps de l’animal.

Cette classe comprend les moules (fig. 1), les huîtres (fig. 2), les coquilles St-Jacques, les huîtres perlières et de nombreuses autres espèces. Ces espèces peuvent vivre fixées sur les rochers (grâce au byssus) ou enfouies dans le sable ou la vase.

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Fig. 1 - Banc de moules fixées sur un rocher (cliché C. Martin).
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Fig. 2 - Huître (cliché C. Dupont).

Les Gastéropodes

C’est la classe la plus importante de l’embranchement des mollusques (environ 15 000 espèces fossiles et 35 000 actuelles). Ce nom signifie littéralement "estomac dans le pied". Ces animaux sont caractérisés par une coquille enroulée en spirale (à l’exception des limaces, patelles et fissurelles) qui enferme le corps mou. Pour la plupart mobiles, ils sont présents dans les océans, les eaux douces, les rivières, les étangs et la terre ferme (escargots).

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Fig. 3 - Le strombe géant ou lambi Strombus gigas Linné 1758 que l’on trouve dans la zone Caraïbe (Floride, Antilles, Brésil). Cliché N. Serrand.
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Fig. 4 - Le bigorneau commun Littorina littorea (Linné 1758), répandu sur les côtes françaises atlantiques et méditerranéennes. Cliché C. Dupont.
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Fig. 5 - La grande patelle ou arapède géante Patella ferruginea Gmelin 1791 qui vit sur le médiolittoral rocheux méditerranéen. Cliché S. Gofas.

Les Polyplacophores

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Fig. 6 - Le chiton poilu Acanthopleura granulata Gmelin 1791 vit attaché aux rochers du médiolittoral de la zone Caraïbe (Floride, Antilles, Brésil). Cliché N. Serrand.
Les polyplacophores (chitons) (fig. 6) sont tous marins et vivent le plus souvent sur les rochers du médiolittoral. Ils présentent une coquille formée de huit plaques se recouvrant et tenues par une ceinture périphérique.

L’archéomalacologie

L’archéomalacologie est l’étude de ces vestiges coquilliers archéologiques dont la présence dans les sites peut aussi bien être discrète et diffuse que prédominante et prendre la forme de dépôts massifs.

Si l’exploitation des mollusques est un champ d’activités commun à de nombreuses cultures passées et actuelles, sa prise en compte par l’archéologie et l’archéozoologie est assez récente. Les mollusques ont, en effet, traditionnellement été considérés comme des ressources minimes et secondaires et, de ce fait, pauvres en informations du point de vue archéologique.

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Fig. 7 - Du site à l’étude ...
1. Stratigraphie archéologique composée essentiellement de coquilles (site néolithique de Suwayh I, Sultanat d’Oman) (cl. C. Martin) ; 2. Echantillon de matériel malacofaunique archéologique (site précolombien de Baie Orientale, île de St-Martin, Antilles françaises) (cl. N. Serrand) ; 3. Résidu de tamisage en cours de tri (site précolombien des Salines, île de Martinique, Antilles françaises) (cl. N. Serrand) ; 4. Décompte, identification et mesure du matériel (cl. N. Serrand).

Pourtant la mise en place d’une réflexion méthodologique et théorique, de problématiques, d’outils et de techniques d’analyse adaptés a démontré que leur étude pouvait contribuer à la compréhension des systèmes socio-économiques passés. En effet, ces ressources peuvent témoigner d’articulations entre plusieurs systèmes techniques puisqu’elles sont à la fois des organismes consommables intégrés de manière plus ou moins constante dans les économies de subsistance et des matériaux souvent valorisés, utilisés pour des productions utilitaires ou ornementales et vecteurs de valeurs culturelles. Les mollusques constituent enfin, aussi, des indicateurs environnementaux et fournissent des informations utiles à la connaissance des milieux naturels et anthropisés et de leur évolution.

L’archéomalacologie s’intéresse donc à trois axes majeurs, les mollusques comme :
- ressource alimentaire ;
- matière première ;
- indicateurs paléo-environnementaux.

Les mollusques : ressource alimentaire

Après la fouille, le tamisage et le tri du matériel archéologique, on procède à l’identification des espèces de coquillages. On peut ainsi observer les choix alimentaires effectués par chaque société au sein d’un panel d’espèces. On peut également déduire les zones de collecte où les hommes se sont approvisionnés (fig. 8). En observant ce type de données sur différents sites archéologiques dans le monde et au cours du temps, on observe l’évolution de ces pratiques.

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Fig. 8 - Espèces exploitées et lieux de collecte : site du Diamant, Martinique - Occupation villageoise de l’Âge Céramique (400/700 ap. J.-C.).

Les mollusques : matière première

De tous temps, les coquillages ont été utilisés pour leur matière, blanche ou nacrée, pour produire des objets : outils, éléments de parure, etc. En observant les objets retrouvés dans les sites archéologiques et les traces de fabrication et d’utilisation qu’ils portent (par l’analyse des microtraces, notamment), on peut reconstituer les procédés de fabrication et la fonction des objets.

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Fig. 9 - Coquille percée du gastéropode Oliva reticularis ; Antilles, période précolombienne (site de Hope Estate, St Martin). Cliché N. Serrand.
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Fig. 10 - Épine du gastéropode Strombus gigas travaillée ; Antilles, période précolombienne (site de Hope Estate, St Martin). Cliché N. Serrand.
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Fig. 11 - Portion du gastéropode Strombus gigas transformée en outil ; Antilles, période précolombienne (site de Hope Estate, St Martin). Cliché N. Serrand.

Les mollusques : indicateurs paléo-environnementaux

La réalisation de sondages à proximité des sites archéologiques permet de reconstituer l’environnement. Plusieurs sondages effectuées dans la région du Ja’alan au sultanat d’Oman, ont permis de mettre en évidence la présence d’une lagune et d’une mangrove dans une zone actuellement désertique.

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Fig. 12 - La présence de coquilles dans les sondages effectués dans la zones désertique indique un niveau marin plus haut lorsque les sites archéologiques étaient occupés.
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Fig. 13 - Environnement actuel à proximité du site : le milieu est très sec et désertique.
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Fig. 14 - Ce que devait être l’environnement pendant l’occupation du site archéologique : l’étude des mollusques présents dans les sondages indique la présence d’une lagune et d’une mangrove.

Nous sommes trois à travailler sur les coquillages au sein de l’UMR 5197, voici nos zones d’études :

- Catherine Dupont pour l’Europe de l’Ouest et Djibouti

- Chloé Martin pour le Moyen-Orient avec le Sultanat d’Oman et l’Iran

- Nathalie Serrand pour la Caraïbe (Antilles) et le bassin méditerranéen avec la Corse et Chypre.