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L’exploitation des mollusques marins au sultanat d’Oman : Les populations côtières du Ja’alan du Néolithique à l’Âge du Bronze
Publié le samedi 8 avril 2006, mis à jour le samedi 22 mars 2008,
par Chloé Martin
1- UNE ARCHÉOLOGIE ORIGINALEL’originalité des populations côtières omanaises actuelles repose sur un système d’occupation saisonnier Lancaster (Lancaster & Lancaster, 1990). Si leur vie est rythmée par la pêche en mer pendant les mois d’hiver, entre octobre et juin, elles quittent les côtes de juin à septembre en raison de vents forts engendrés par la mousson d’été. Durant cette période, les populations vivent dans des oasis, et pratiquent la culture du palmier-dattier Phoenix dactylifera (Costantini & Audisio, 2001). En contexte archéologique, la culture du palmier-dattier semble attestée au moins dès le Bronze ancien (Costantini et Audisio, 2001) par la découverte de graines à Hili (Emirat Arabes Unis). La position du Ja’alan, entre les montagnes d’Oman et la mer d’Arabie a probablement joué un rôle important dans le choix des implantations humaines. Ainsi, le « Néolithique » omanais est très différent de celui d’autres régions du Proche- et Moyen-Orient. Les structures d’habitat ne sont pas fixes et correspondent vraisemblablement à un mode de vie nomade. La pêche est très développée avec l’utilisation d’un outillage élaboré comme des hameçons en nacre, des poids de filets et des poids de lignes en pierre (Charpentier et al., 1997 ; Charpentier et al., 2000 ; Charpentier et al., 2004). L’élevage semble apparaître dès le 5e millénaire av. J.-C. avec la présence de restes osseux de bœufs, de moutons et de chèvres sur le site d’Al-Buhais 18 dans l’Émirat de Sharjah (Uerpmann & Uerpmann, 2000). Les sites côtiers du Ja’alan comportent par ailleurs une part très importante de restes de mollusques marins, visiblement consommés par les populations, aussi bien pendant le Néolithique qu’à l’Âge du Bronze. Ce matériel est très riche en informations tant sur le choix des espèces que sur les milieux exploités et les stratégies de collecte. 2- LES MOLLUSQUES : RESSOURCE ALIMENTAIRELE NÉOLITHIQUE La consommation de mollusques marins a joué un rôle important sur les sites côtiers dès le Néolithique. Sur le site de Suwayh 1, les restes de coquilles et les os de poissons sont prédominants dans les niveaux d’occupation. Les espèces collectées pour la consommation sont très nombreuses (91 taxons) et révèlent une stratégie de collecte plutôt opportuniste, toutes les espèces représentant un intérêt alimentaire ont été consommées. Les bivalves de la famille de Veneridés sont majoritaires, ils ont été ramassés dans la lagune en milieu vaseux (Fig. 1). De petits turbo ramassés dans les crevasses et sur les rochers exposés aux vagues et une espèce de mangrove « Terebralia palustris » ont aussi été consommés en grande quantité (Fig. 2).
L’ÂGE DU BRONZE La consommation des mollusques marins est beaucoup moins importante pendant l’âge du Bronze. On observe une spécialisation de la collecte vers des espèces de plus grande taille et faciles à collecter comme des moules, des murex et des thais (Fig. 3) à Ra’s al-Jinz 2 (Martin & Cleuziou, 2003). Cette spécialisation s’accompagne d’un progressif désintérêt pour cette ressource alimentaire probablement liée au développement des techniques d’élevage et de culture du palmier-dattier.
3- LE TRAVAIL DE LA COQUILLELe travail des coquillages est présent sur tous les sites omanais, aussi bien au Néolithique qu’à l’Âge du Bronze. Son étude a été réalisée par Charpentier (Charpentier, 1994 ; Charpentier et al., 1997 ; Charpentier & Méry, 1997) afin de déceler et d’analyser les traces d’exploitation de cette matière première. Mais les coquilles qui attestent de cette activité ne représentent qu’une toute petite proportion des assemblages malacologiques (Tab. 1).
Les sites côtiers omanais entre le Néolithique et l’Âge du Bronze comportent tous des objets et de la parure en coquille. Excepté pour certaines espèces ramassées mortes sur la plage (Chlamys towsendi, Pinctada margaritifera, Pleurocopa trapezium et probablement Oliva bulbosa) et les petits mollusques (Engina mendicaria, Dentalium sp.), la plupart des coquillages utilisés pour la manufacture d’objets ont d’abord, et principalement, été collectés pour la consommation, comme l’indiquent les traces de fracturation caractéristiques liées à l’extraction de la chair (Strombus persicus, Conus sp., Meretrix sp.1 et Amiantis umbonella). Seul un petit nombre de coquilles de ces espèces a été réutilisé, après leur consommation, pour la confection d’objets. La plupart des artefacts fabriqués à partir de coquilles marines ont été réalisés à partir d’une dizaine d’espèces de mollusques marins. À ces espèces, s’ajoute toute une série de petits gastéropodes collectés vivants ou ramassés morts, puis simplement perforés pour servir de perle. 4- LES MOLLUSQUES : INDICATEURS PALÉO-ENVIRONNEMENTAUXÀ partir du matériel malacologique de Suwayh 1, il a été possible d’identifier une centaine d’espèces de coquillages. Chacune de ces espèces reflète la collecte humaine mais aussi, de par son mode de vie, l’environnement à proximité du site. Il a ainsi été possible d’identifier la présence d’une lagune dès 5500 av. J.-C. et de la mangrove à partir de 4604-4429 BC cal. Ces modifications du milieu correspondent à une période climatique plus humide avec une limite plus nordique de pluie de mousson d’été et donc un apport en eau douce plus important. Des variations dans les espèces collectées par l’homme ont été observée et révèlent une modification profonde des milieux sablo-vaseux lagunaires. Ce phénomène coïncide avec l’apparition de l’espèce Terebralia palustris inféodée à la mangrove. 5- LES MOLLUSQUES : RÉVÉLATEUR DES MODES DE VIE DES POPULATIONSPÉRIODE DE COLLECTE : LA SCLEROCHRONOLOGIE Historique de la méthode La sclérochronologie est utilisée en archéozoologie depuis le début des années 1970. Hiroko Koike (Koike, 1972 ; 1975 ; 1979 ; Koike, 1980) appliqua cette technique sur un bivalve pour déterminer la période de collecte de mollusques marins sur un site de la période Jomon. Ces travaux permirent d’obtenir des informations sur l’âge de l’animal à partir du décompte des lignes, donc sur la saison de collecte. Les premiers travaux de sclérochronologie couplés à des analyses isotopiques ont été réalisés dans les années 1980 par Killingley (Killingley, 1981) et Deith (Deith, M. D., 1983 ; Deith, M. R., 1983). Ces travaux mirent en évidence la nécessité d’une bonne compréhension de la croissance du mollusque avant toute analyse isotopique et donc d’un échantillonnage adapté, effectué en tenant compte des stries de croissance et de la composition isotopique de l’eau. Malgré le fort potentiel de cette méthode, elle n’eut que très peu de développement en malacologie et resta confinée aux États-Unis et au Japon. À la fin des années 80, des études plus précises vont chercher à corréler l’épaisseur des stries de croissances et le cycle de la marée notamment avec l’espèce Terebralia palustris (Ohno, 1989). Cette approche s’est par la suite généralisée, se développant particulièrement aux Etats-Unis (Jones & Quitmyer, 1996) et commençant seulement à trouver des applications en Europe (Schöne et al., 2002 ; Mannino et al., 2003 ; Schöne et al., 2004). Rappel de la méthode On utilise la sclérochronologie (étude des stries de croissance) pour déterminer la saison de collecte des mollusques marins. Cette méthode peut être utilisée sur les coquilles de bivalves mais aussi sur les opercules de gastéropodes (Fig. 4). Les stries de croissance sont visibles à partir de lames minces et en utilisant un microscope (Fig. 5). Chaque strie est composée d’une bande claire et une bande sombre et correspond à une journée de la vie du coquillage.
Application en Oman Suwayh 1 est un site d’habitat généralement considéré comme saisonnier car il dispose de structures d’habitat peu développées composées de constructions rondes de petit diamètre avec plusieurs trous de poteaux (Cleuziou & Tosi, 1997). À partir des données sclérochronologiques des opercules de Lunella coronata, il a été possible de déterminer si la collecte de cette espèce avait été saisonnière. Les résultats obtenus suggèrent une collecte préférentielle en hiver. AMÉNAGEMENT DE L’HABITAT Sur le site de Ra’s al-Hadd 6, l’ensemble du matériel étudié dans les pièces d’habitat, l’abondance des fragments de coquilles roulés déterminés ou indéterminés et des restes d’espèces non consommables suggère l’apport de sédiment provenant de plage (Littoraria intermedia), de zone semi-aride (Zootecus insularis) et/ou de lagune (Potamides conicus). La présence de Zootecus insularis est assez étonnante, la coquille de cette espèce est très fine et donc très fragile. La seule mention archéologique de cette espèce a été faite par Mienis (Mienis, 1979) sur un site de 7000 av. J.-C. dans le Sinaï. L’auteur suggère une présence intrusive. La présence intrusive à HD 6 est peu vraisemblable, ces niveaux n’étant pas en surface. Pour expliquer la présence de ces assemblages, plusieurs hypothèses sont envisageables :
Les individus de l’espèce Zootecus insularis étant entiers, il semble plus cohérent d’associer ces assemblages à un aménagement des sols. Dans le cas d’une utilisation de ce sédiment dans la fabrication de brique crue, la coquille serait vraisemblablement fragmentée. BIBLIOGRAPHIE DE L’AUTEUR
RÉFÉRENCES CITÉES DANS LE TEXTE
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