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Le commensalisme de la souris et les sociétés néolithiques méditerranéennes
Publié le mercredi 19 janvier 2005, mis à jour le mercredi 5 avril 2006,
par J.H. Yvinec
Thomas Cucchi soutiendra sa thèse "Le commensalisme de la souris et les sociétés néolithiques méditerranéennes", le 28 janvier 2005, à 14 heures, dans l’auditorium de la Grande Galerie du Muséum national d’Histoire naturelle.
Composition du jury
Mots-clés :Mus musculus, Commensalisme, Invasion biologique, Morphométrie géométrique, Systématique, Phylogéographie, Evolution insulaire, Néolithique, Navigation ancienne, Agriculture, Anthropisation.Résumé de la thèse :Ce travail s’est attaché à éclairer les facteurs de l’anthropisation en cause dans le processus de commensalisation et d’invasion de la souris domestique, Mus musculus domesticus, dans l’aire circum-méditerranéenne, selon une approche phylogéographique, étroitement connectée à l’histoire de la naissance et de la diffusion du Néolithique.La première étape de ce travail consistait à quantifier la diversité morphologique actuelle du genre Mus dans le bassin méditerranéen afin de proposer des scénarios historiques non datés. L’analyse du contour de la première molaire inférieure par les transformées de Fourier elliptiques, descripteur taxinomique puissant et adapté aux ossements fossiles fragmentés, s’est révélée aussi performante que l’utilisation des marqueurs génétiques pour distinguer toutes les sous-espèces du genre. Il a même permis de mettre en évidence des clades non décrits par la génétique moléculaire. En Corse, nous avons montré que l’accroissement récent (XIXe siècle) de l’anthropisation avait homogénéisé les métapopulations qui présentaient toutes, auparavant, un fort syndrome d’insularité. Dans ce cas, le facteur temps l’emporte donc sur l’isolement géographique. A Chypre, nous avons découvert que la souris non commensale de l’île est en fait une nouvelle espèce (Mus cypriacus), et avons montré qu’il s’agissait de l’une des très rares reliques de la microfaune pléistocène insulaire méditerranéenne. Fort de cette approche morphométrique, nous avons, dans un second temps, interrogé les archives paléontologiques et archéozoologiques, afin de redonner une dimension spatio-temporelle au peuplement de la souris, en regard de l’évolution des sociétés. Nous avons tout d’abord observé qu’il n’y a pas eu de vague migratoire de Mus musculus sp. en Méditerranée au Pléistocène. Nous avons ensuite identifié la néolithisation du Proche-Orient, plus particulièrement le développement de l’agriculture, comme le principal facteur du commensalisme de la souris, au détriment de la sédentarisation. Ce sont les pratiques des Néolithiques, comme le stockage des grains à grande échelle (non attesté avant le PPNA), qui ont été déterminantes dans l’adaptation de la souris à la niche commensale. Nous avons enfin démontré que la navigation néolithique avait permis la translocation accidentelle de souris et avait été suffisamment intense pour endiguer toute dérive morphologique des métapopulations insulaire. Néanmoins, l’invasion de la souris en Méditerranée occidentale coïncide avec un stade plus avancé de l’anthropisation : l’intensification conjointe des échanges et de l’urbanisation à partir du premier millénaire av. J.-C., ont permis à la souris domestique de surmonter les barrières écologiques et génétiques qui, auparavant, empêchaient sa progression vers l’Ouest. |
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